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L’Institut international des droits de l’Homme et de la paix, membre du réseau Educadroit et engagé dans la Consultation Nationale sur les droits de l’enfant « J’ai des droits, entends-moi » en 2019, a été identifié par le Défenseur des droits pour mener une nouvelle consultation sur les droits de l’enfant en Normandie, afin d’accompagner les réflexions des enfants et recueillir leurs paroles sur l’effectivité de leurs droits, avec une attention particulière sur les questions relatives à la santé mentale des enfants.

Cette consultation s’inscrit dans le cadre de la prise en compte de la parole des enfants, impératif démocratique consacré par l’article 12 de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), ainsi que pour répondre à la volonté du Défenseur des droits et de l’Institut international des droits de l’Homme et de la paix, d’intégrer la parole des enfants dans leurs travaux. Par sa participation, l’enfant devient acteur de la mise en œuvre de ses droits et apprend à prendre sa place dans la société.

Deux journées d’échanges ont ainsi eu lieu les mercredis 26 mai et 16 juin 2021 à l’Institut, avec 13 jeunes normands issus des tous horizons afin de rappeler les droits de la Convention internationale des droits de l’enfant, analyser les questions relatives à la santé mentale des enfants, réfléchir à la place du droit à la santé dans le quotidien des enfants, mais aussi pour imaginer des pistes afin de renforcer l’effectivité de ce droit en France.

Plusieurs ateliers participatifs d’éducation aux droits de l’Homme leur on été proposé afin de faciliter les échanges et les réflexions, mais aussi une rencontre avec Antoine Devos, pédopsychiatre au centre hospitalier de Bayeux.

A l’issue de ces deux journées, les jeunes consultés ont ainsi pu formuler plusieurs recommandations pour agir en faveur de la santé mentale des enfants. Ces recommandations ont été transmis au Défenseur des droits. Certaines seront intégrées au rapport annuel transmis au Président de la République.

Crédit photo : Paul Parillaud

Les recommandations des jeunes normands

  1. « L’écoute : Nous devons tous être écoutés, entendus, et pris au sérieux dans des situations qui nous concernent directement. Pour cela, les dirigeants doivent être sensibilisés à toutes les formes de besoins et doivent apprendre à entendre les enfants. »
  2. « La France est un pays dit « Etat de droit ». Je pense que les droits de l’enfant ne sont pas vraiment pris en compte dans cette définition. Nous voulons nous exprimer librement et donner notre opinion. Si vous lisez cette recommandation, aidez-nous à agir ! Nous voulons être entendus, mais nous ne voulons pas nous exprimer pour rien. Notre souhait est de pouvoir parler, à l’école, à nos professeurs, à nos parents, mais surtout être écoutés, car malgré notre âge, nous avons des idées ! »
  3. « Comment faire respecter les droits de l’enfant, s’ils ne sont même pas connus par ceux qui sont concernés ? Nous souhaitons que dès les prochaines rentrées scolaires, les élèves de tous les niveaux soient sensibilisés sur leurs droits, car nous ne les connaissons pas. Nous souhaitons également que les équipes éducatives soient formées pour savoir ce qu’elles peuvent faire, et ainsi, ne plus bafouer nos droits. Notre souhait serait que les générations futures vivent leur vie pleinement, sans manque, en bonne santé, et en s’exprimant librement. Si nous n’avons même pas conscience de nos propres droits, comment pourrions-nous les faire appliquer ? »
  4. « Chaque enfant mérite d’être écouté, pour sa valorisation, sa confiance en lui, son estime. Si l’enfant n’est pas écouté, il peut se sentir trahi, rabaissé, isolé, et il n’osera plus se confier à des personnes en qui il pensait pouvoir avoir confiance. »
  5. « Il faudrait mettre la santé mentale au même niveau que la santé physique. Est-ce normal qu’aujourd’hui, lorsque l’on se blesse physiquement, la sécurité sociale prenne en charge les coûts médicaux alors que lorsque l’on est en dépression, c’est beaucoup moins évident ? Il faut être accompagné de la même façon quand on a un problème mental ou physique. »
  6. « Quand un enfant a un suivi psychologique, il faudrait que les psychologues fassent une prévention auprès des parents sur le comportement à adopter avec leurs enfants. »
  7. « A la sortie du confinement ou d’une période très difficile, il faudrait mettre en place un rendez-vous entre les enfants et un psychologue afin de les aider, sans les forcer, à parler. »
  8. « Une petite fille ne sera jamais bien dans sa peau de future femme, si on ne lui laisse même pas le choix de s’habiller comme elle veut ! »
  9. « Dès le plus jeune âge, les enfants devraient apprendre le respect entre eux, notamment le respect entre les filles et les garçons. Une fille devrait pouvoir s’habiller comme elle le désire sans risquer de prendre des remarques et des gestes déplacés. Cela provoque une pression sur l’enfant et sa construction se fait difficilement, avec des craintes. L’Education Nationale devrait revoir ses priorités. »
  10. « Le droit à la participation est essentiel. Nous souhaiterions que chaque jeune puisse s’exprimer en son nom, sur les sujets qui le concernent et que des actions concrètes soient réalisées par la suite. Dès 2022 ; les conseils départementaux, les mairies, les associations sportives et culturelles pour les jeunes, ainsi que les établissements scolaires, pourraient mettre en place des consultations afin de nous permettre d’améliorer notre quotidien. Par exemple, un enfant en situation de handicap devrait pouvoir soumettre ses idées sur l’amélioration des infrastructures. »
  11. « Il y a trop d’élèves dans les classes. C’est en groupe que nous apprenons aujourd’hui, plus individuellement. Alors, quand la moitié de la classe n’est pas motivée, il devient très difficile d’apprendre et de travailler, car le professeur s’occupe de faire la police plus que son cours. Cela joue sur notre bien-être et notre construction. »
  12. « Nous aimerions être respectés par les professeurs et les équipes éducatives. Nous ne voulons plus être dénigrés à cause de nos notes, ou de nos incompréhensions. Nous souhaitons des professeurs motivés, qui aiment leur métier, et qui aiment leurs élèves. « Vous n’avez pas le niveau pour être dans ce lycée », « Tu es nul », « Il faudrait penser à une réorientation ! » … Ces propos n’ont pas leur place dans un cours ! Nous ne voulons pas que les professeurs décident pour nous. Le conseil de classe est un lieu d’échange entre les professeurs : les moqueries ou « petites blagues » doivent être interdites. Se moquer d’un élève devant la classe, même si cela peut paraître minime, peut avoir des conséquences sur le mental des élèves. Comment trouver l’envie d’aller en cours et de travailler si nous ne sommes pas respectés ? »
  13. « L’écoute des élèves est un vrai problème. Car lorsqu’il parle lors d’un conseil de classe, le personnel éducatif écoute, mais ne fait rien ensuite, ne tient pas compte de sa parole. Je pense qu’il faudrait des traces écrites pour pouvoir laisser une preuve, pour que la demande soit ensuite réalisée par l’établissement. Les adultes sont des référents pour les élèves, alors, s’ils ne respectent pas leurs engagements, les élèves perdent confiance, et ont du mal à construire leur place dans la société.
  14. « Il faudrait que chaque école dispose d’infrastructures et de matériel adaptés aux enfants en situation de handicap. »
  15. « Un des droits fondamentaux des enfants est l’accès à la santé. Nous souhaitons que dans tous les établissements scolaires, les élèves aient accès à une infirmière ou un infirmier ou à une personne agréée pour donner des soins, d’ici les 5 prochaines années, et surtout, disponible tous les jours. »
  16. « Avoir un(e) ou des psychologues dans chaque établissement, à disposition des élèves, et que l’élève puisse prendre rendez-vous sans passer par l’administration et sans que les parents soient au courant. »
  17. « Il est temps que les adultes considèrent les enfants comme des personnes aptes à comprendre les choses. Ce n’est pas préserver un enfant que de le laisser dans l’ignorance. Alors, si un enfant demande à comprendre, il faut lui donner une explication adaptée à son âge qui contribuera à son bon développement. Il faut arrêter de dire à un enfant « tu es trop jeune, tu comprendras plus tard. »
  18. « Il est inadmissible que des enfants qui sont dans des centres pour des soins psychiatriques ou psychologiques, n’aient pas accès à l’instruction et aux loisirs comme les autres ! »
  19. « Toute personne dans le besoin doit pouvoir avoir accès à un suivi psychologique.
  20. « Lors d’une passe noire, je suis allée consulter à l’hôpital pour une consultation en espérant être prise en charge. Ils m’ont dit « Tu n’as pas l’air si mal vu que tu nous as dit bonjour avec le sourire ». Il s’avérait que ce n’était pas à l’hôpital de me prendre en charge mais à un service spécial avec des psychologues. Il faudrait que les enfants puissent savoir cette information grâce aux médias ou à des numéros spéciaux. Cela éviterait ce genre de comportement qui peuvent détruire un enfant, car j’ai l’impression de ne pas avoir été prise au sérieux ni d’avoir été entendue. »
  21. « Beaucoup de jeunes subissent des pressions familiales, sociétales ou encore scolaires. Ces jeunes sont souvent sous pression car ils ont peur de montrer leurs différences, que ce soit concernant leur orientation sexuelle, leur identité ou leurs capacités. Il faudrait plus oser parler de ces sujets qui sont aujourd’hui très tabous, sensibiliser les adultes sur les pressions qu’un jeune peut se mettre face au jugement des autres. Il est temps de faire réaliser à chaque enfant que sa valeur est inestimable. »
  22. « La considération est très importante pour un enfant, surtout venant de la part des adultes, pour se sentir libre et pouvoir avoir confiance en soi. Il faudrait nous laisser la parole et partager / mettre en œuvre nos idées. »
  23. « Il faut sensibiliser les enfants dès l’école aux droits des LGBT, pour arrêter de les traiter différemment et que des jeunes n’osent pas assumer leur orientation sexuelle ensuite à cause de la société qui met trop en avant le couple hétérosexuel. Cela peut causer un mal être terrible. »
  24. « Tout passe par l’éducation. Dans leur foyer, les enfants peuvent être conditionnés à penser d’une certaine manière. Alors, à l’école, dès le plus jeune âge, il faudrait beaucoup plus normaliser et communiquer sur les sujets tels que la lutte contre le racisme, l’égalité homme-femme, les droits des LGBT+, et en changeant certaines attitudes et jouets stéréotypés. Une Barbie peut en épouser une autre ! »
  25. « Le jugement porté par tout le monde amène à mettre des étiquettes sur chacun d’entre nous, ou à être mis dans une case. Si cela devient trop récurrent, on finit par se comporter comme l’étiquette qu’on nous a collée. Si des propos négatifs et violents sont répétés, on parle même de harcèlement. Cela peut aller loin : se replier sur soi, avoir un manque de confiance en soi, être déprimé, voire se suicider … Nous devons apprendre aux enfants à ne pas mettre d’étiquette, et à ne pas faire attention aux étiquettes qu’on nous colle, car le regard des autres et le jugement négatifs peuvent faire très mal. »
  26. « Comment améliorer l’intégration des migrants dans leur nouveau pays ? En leur offrant l’accès à l’école, au collège ou au lycée pour respecter leur droit à l’éducation, ce qui leur permettra à l’avenir de procéder aux démarches pour trouver un travail. Travail qui leur permettra d’avoir un salaire, qui leur permettra d’avoir un logement. Voici ce qui peut permettre aux enfants migrants de démarrer une nouvelle vie. »

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